Perpignan la Catalane

La sardane

La sardane est la danse traditionnelle du Pays Catalane

Symbole d’union et de fraternité, les danseurs se tiennent pas les mains, comme dans une  ronde grecque antique où d'aucuns veulent voir l'ancêtre de notre sardane. Introduite en Catalogne du nord par le Vallespir, la sardane est arrivée à conquérir le Roussillon entier. Recevant une formidable impulsion des Catalans du sud fuyant le franquisme en 1939, le Palmarium, à Perpignan, deviendra un des lieux mythiques où ils se retrouveront pour la danser. Mais aujourd'hui encore, on peut se joindre à une sardane, au pied du Castillet, où chaque été retentissent les notes vibrantes de notre danse.

La sardane actuelle doit beaucoup au luthier Perpignanais André Touron qui, au XIXe siècle, perfectionna la tenora, l'un des instruments de musique de la cobla, orchestre d'instruments spécifiques à la sardane, ainsi qu'au compositeur de Figueres, Pep Ventura, qui facilita les pas de cette danse.

En 1952, la France se mit à l'heure de la sardane, chantant le succès de Charles Trénet : « La jolie sardane », ce dont les Roussillonnais ne furent pas peu fiers.

N'oubliez pas, cependant, un élément essentiel pour bien danser la sardane : il faut chausser des « vigatanes », espadrilles lacées jusqu'au genou, authentiques sandales de la ville de Vic, qui sont inégalables pour faire le pied léger.

La Cobla est l'orchestre traditionnel catalan qui joue les sardanes. Elle se compose de onze musiciens jouant des instruments qui font la particularité de cet ensemble exceptionnel.  Une flûte et un tambourin (« flabiol » et « tamborí ») joués par un même musicien, deux « tibles » et deux « tenores » (instruments de la famille des hautbois et les plus typiques de la cobla), deux trompettes, deux trombones à pistons, deux « fiscorns » (instruments de la sous-famille des saxhorns) et la contrebasse à trois ou quatre cordes permettent de jouer des airs bien caractéristiques.

Le Grenat de
Perpignan

Le grenat est la pierre sacrée des catalans. Montée sur or, elle représente les couleurs catalanes, ce qui explique le succès obtenu par les bijoux en grenat à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, poussé par le mouvement régionaliste. En outre, les Velzy et Charpentier, deux des « grenatiers » perpignanais les plus connus, étaient de véritables orfèvres, exécutant des pièces d'une grande beauté.

Le grenat traditionnel, avant d'être posé sur un paillon qui exalte sa couleur d'un rouge profond, fait l'objet d'une taille particulière dite « taille rose » ou « taille Perpignan ». Pendants d’oreilles (dormeuses), croix  badines, bagues (marquises, navettes, trèfles), broches, font partie d'un fonds qui ne se démode pas et recueille toujours l'adhésion des Perpignanaises . Des formes plus actuelles, mais toujours chargées de symbolique (pendentifs espadrilles, « pourrous », barques à voile latine) ont également fait leur apparition dans les vitrines des bijoutiers de Perpignan depuis quelques années.

Il est à noter que les Vierges de nos églises sont souvent ornées de couronnes comprenant de nombreux grenats (vierge de l'Immaculée Conception de Perpignan, vierge de Font-Romeu, Notre-Dame de Laval, etc...), ce qui témoigne de l'affection des Catalanes pour cette pierre pourpre que l'on trouvait autrefois au cœur du Canigou.

La Sant Jordi
et
la Sant Joan

Deux fêtes, Sant Jordi (23 avril) et Sant Joan (24 juin), sont particulièrement célébrées en Roussillon.

Sant Jordi (saint Georges en français) est le patron de la Catalogne. Il s'agit de saint Georges de Cappadoce qui délivra la ville de Silène, en Lybie, d’un monstre qui dévorait les enfants qu'il demandait en sacrifice. La princesse de Silène ayant été prisonnière du dragon, saint Georges tua l'animal d’un coup de sa lance. Là où tomba le sang de la bête, fleurirent des roses rouges.

La fête de Sant Jordi fut instituée à Barcelone, pour la première fois, en 1926, comme journée du livre et de la rose : ce qui signifie que la coutume veut que ce jour-là, on s'offre un livre et une rose rouge.

A Perpignan,  la fête de Sant Jordi a fait une apparition hésitante en 1976, avant de connaître, année après année, un succès de plus en plus important. Aujourd'hui, au nord comme au sud des Pyrénées, le 23 avril est un jour de fête marqué d'un grand nombre de manifestations, et tout entier voué au livre et à la littérature.

En 1996, la fête de Sant Jordi est entrée à l’UNESCO, devenant  Diada internacional (Journée internationale).

Sant Joan (saint Jean le Baptiste) est le saint patron de Perpignan dont la cathédrale porte le nom, et le 24 juin, le jour de la  festa major, c'est à dire la fête majeure. Par ailleurs, la saint Jean correspond également au solstice d'été, et à la nuit la plus courte de l'année. Le syncrétisme païen et la célébration religieuse se mêlent donc étroitement dans cette fête qui voit le Canigou s'embraser d'un grand feu symbolique. En effet, initiée en  1955 par François Pujade, reprise en 1963, par Jean Iglésis et le Cercle des jeunes, et perpétuée par l'association Focs de Sant Joan (Feux de Saint Jean), la tradition d'enflammer un grand bûcher à la cime du Canigou est aujourd'hui enracinée dans l'agenda festif de Perpignan. Porteurs de flammes, sardanes, feu d'artifice, font partie des éléments de la fête.

Partie intégrante des traditions de Saint Jean, on ne peut oublier le ramellet de la bonaventura, ou ramellet de Sant Joan (bouquet de Saint-Jean), composé d'herbes cueillies à l'aube (l'orpin, le millepertuis, l'immortelle et la feuille de noyer). A Perpignan, ces bouquets sont distribués au Castillet.

La semaine sainte

La procession de la Sanch

Le 11 octobre 1416, à l'église Saint-Jacques de Perpignan, les jardiniers (hortolans) et les tisserands (teixidors) fondèrent la Confrérie du Très Précieux Sang de Jésus-Christ, connue sous le nom de Confrérie de la Sanch. Ils subirent la puissante influence du Dominicain Vicens Ferrer (saint Vincent Ferrier), prédicateur de renom né à València en 1350, lequel s'entourait partout où il passait de pénitents revêtus d'une robe noire et d'une cagoule, et se flagellant pour la rémission de leurs péchés. A Perpignan, Vicens Ferrer vint deux fois, appelé à participer au Concile de La Real qui devait apporter la résolution du Grand Schisme d'Occident ; au début de l'année 1416, avant de quitter Perpignan, il prononça un sermon au couvent des Clarisses, et il semblerait que ce sermon déterminât la fondation de la Confrérie de la Sanch.

Celle-ci se fixa plusieurs missions : accompagner les condamnés à mort au gibet, recueillir leurs restes et les enterrer en terre consacrée, et commémorer la Passion du Christ lors d'une grande procession qui se déroulait le Jeudi-Saint. Les pénitents portaient sur leurs épaules des statues et des groupes statuaires, les « misteris », représentant chaque étape de la Passion du Christ, et leur cortège se déroulait au son du Miserere et des « goigs » spécialement composés pour l'événément. Au XVIIIe siècle, on verra apparaître les Vierges des Douleurs aux poignants visages.

Toujours au XVIIIe siècle, la procession de la Sanch fut victime de dérives ostentatoires, et de l'hostilité du clergé français. Monseigneur de Gouy d'Avrincourt édicta des interdictions qui réduisirent le sens et le contenu de cette manifestation authentiquement catalane, tradition religieuse touchée d'hispanité à laquelle le Roussillon entier se montrait très attaché.

Après la Révolution Française, la procession de la Sanch fut confinée dans l'étroit périmètre de l'église Saint-Jacques. Grâce à Joseph Deloncle, au Chanoine Mestres, curé de St Jacques, et à l'évêque Mgr Bernard, la procession de la Sanch retrouva les rues de la vieille ville en 1951, et depuis 1958 a lieu le Vendredi-Saint, l'après-midi, aux trois coups  sonnés au clocher de Saint-Jacques. Il s'agit d'une manifestation unique en France, héritage d'un Roussillon rattaché à la couronne de Catalogne-Aragon, puis d'Espagne, héritage d'une foi populaire qui a su garder fidèlement toute son authenticité. Chaque Vendredi-Saint, Perpignan baigne dans une atmosphère unique qu'il faut partager pour mieux comprendre la séculaire procession de la Sanch.

Source :  "La procession de la Sanch, six siècles de foi et de tradition" de Josianne Cabanas (Ed. Mare Nostrum). 

Le blason de Perpignan

Les armes de la ville de Perpignan (blason, sceau) ont été octroyées par le roi Martin d’Aragon en 1400 à la demande des consuls et hommes probes de Perpignan qui désiraient modifier le sceau du consulat. Il leur accorde de "changer le sceau et les armes à volonté", pourvu qu’il y ait toujours les armes royales de la maison d’Aragon et l’effigie de Saint-Jean-Baptiste. Le livre des Provisions de la Ville conserve ce texte assorti d’une magnifique enluminure représentant Saint-Jean-Baptiste portant l’agneau entouré d’angelots, apposé sur les « barres catalanes » sang et or.

Source : "Perpignan une et plurielle", publication collective de la Ville de Perpignan.